Objet :Franklin, petit collège, père Lamande SJ

 

 

 

Bonjour

Je me permets de vous contacter en tant qu’ancien élève de Franklin (St Louis de Gonzague à Paris).

Si vous avez fréquenté le  petit collège et avez eu le père Lamande comme aumônier, ce qui suit vous concerne,

Sinon, vous pouvez jeter ce mail, et SVP, faites m’en état. 

 

J’ai été victime de la part de ce prêtre d’attouchements pédophiles, il y a 56 ans.

Vous trouverez ci dessous la relation de cette « expérience ». 

 

Je m’appelle Jean-Pierre Martin-Vallas, j’ai 65 ans, et j’ai passé 13 années de ma jeunesse dans des collèges jésuites, Franklin, Mount Saint Mary’s College et Ginette.

J’ai passé 3 ans au petit collège de Franklin, de la neuvième à la septième. Notre aumônier était le père Lamande, forte personnalité, très proche de ses élèves, connu pour son train en modèle réduit et apprécié de tous.

Ce qui suit s’est passé dans un camp de vacances, prêt de Compiègne, organisé et dirigé par ce père. J’avais environ 8 ans à l’époque. Nous dormions tous dans un dortoir d’ une vingtaine de lits, ceux ci étant installés perpendiculairement aux murs, à quelque distance les uns des autres. Au cours d’une nuit, étant réveillé, j’ai vu le père marcher dans l’allée du dortoir, sans doute entrain de faire une ronde de surveillance. Il a vu que je ne dormais pas, et est rentré avec moi dans mon lit. Il a commencé par me caresser le torse, puis au bout de peu de temps j’ai senti ses mains chercher à passer sous le pantalon de mon pyjama. J’ai alors eu un mouvement de rejet qui a suffit à le faire partir.

Et l’affaire s’est arrêtée là.

Ce qui me surprend maintenant, est que jusqu’à l’âge de quarante ans, ma mémoire a complètement supprimé ce souvenir. Je n’en ai donc, jusqu’à cet âge jamais parlé à personne puisque moi-même j’avais effacé l’histoire de ma mémoire consciente, et je n’en ai absolument pas souffert, du moins consciemment.  Vers quarante ans, cette histoire m’est revenue progressivement en mémoire, et un jour, ayant une occasion professionnelle d’aller dans le quartier de Franklin, je suis rentré dans le bâtiment administratif du petit collège, et ai demandé à voir le père Lamande. Quelqu’un m’a répondu qu’il était décédé, et il ne paraissait pas étonné de ma demande, car il a ajouté : » Il aimait beaucoup les enfants » 

 

Il est pour moi très important de savoir si le geste de ce père a été unique dans sa vie, ou s’il était coutumier du fait. Personnellement je penche pour la deuxième hypothèse. 

 

Je me suis donc rapproché du père JP Lamy, supérieur de la communauté jésuite de St Louis de Gonzague. Il  n’a pas connu le père Lamande, et n’a donc aucune information personnelle sur ce prêtre.  Au bout de cinq mois d’échanges, sa conclusion a été que pour lui, il convenait de ne rien faire. M’ayant présenté ses excuses, au nom de sa compagnie, il m’a expliqué que la justice des hommes ne pouvait plus s’exercer, du fait de la mort de ce prêtre ; que d’autre part, s’il se révélait que d’autres enfants en aient été la victime, vu le nombre d’années écoulées depuis ces évènements, il était plus que probable qu’ils s’étaient reconstruit une vie équilibrée, et qu’il n’était pas opportun de remettre en cause cet équilibre. 

 

Je suis intimement convaincu que ce père n’en était pas à son coup d’essai. Tout d’abord, au vu de la manière dont se sont déroulés les évènements, et la facilité, l’aisance avec laquelle il a procédé, je ne pense pas que ce puisse être le comportement  d’un homme faisant une première tentative. J’en ai d’autre part parlé à deux amis qui sont passés par le petit collège. Sans avoir été eux même directement victimes, ils n’ont pas été du tout surpris du comportement de ce prêtre, au vu de ce qu’ils avaient entendu dire et vécu à l’époque. 

 

C’est pourquoi je me permets de m’adresser à vous pour que vous me disiez si vous avez ou non vécu ce genre d’expérience avec ce père. Si vous l’avez vécu, je vous en prie, exprimez vous, ne gardez pas enfouie cette souffrance, vous n’aurez sans doute pas beaucoup d’autres occasion de le faire.

Et sinon, s’il vous plait , dites le moi simplement. 

 

Vous pouvez souhaiter l’anonymat, écrivez moi, ou téléphonez moi, le plus important est de vous exprimer. Sauf avis contraire de votre part, je transmettrai vos témoignages au supérieur de la communauté de St Louis de Gonzague. Je pense souhaitable aussi de vous faire partager ces témoignages, sans doute par le biais d’un site internet à accès restreint aux personnes ayant témoigné.

En tout état de cause, il y a d’une part prescription et d’autre part le prêtre incriminé est décédé, donc aucune action en justice ne peut être envisagée .  Mais, il est important pour chacun d’entre nous de réaliser  que l’on n'est pas la seule victime afin de pouvoir supporter le regard des autres, tout en assumant pleinement son passé.

Merci de m’avoir lu.

Jean-Pierre Martin-Vallas