Bonjour,

Je m'appelle Jean-Pierre Jacquet et nous étions ensemble au collège. Je me souviens de toi. J'y ai aussi passé 13 ans. Pas plus tard que la semaine dernière, je relatais à ma femme un incident pédophile dont j'ai été victime lors de ma "première confession" auprès du Père Lamande. L'année: 1951. Le lieu: une chambre rue Raynouard (le lieu où plusieurs πères résidaient). Après une préparation classique (instruction religieuse par le Père Lamande, achat d'un crucifix la veille de la première confession), je me rends avec ma mère chez le Père Lamande, sur rendez-vous, si j'ose dire. Un jeudi, en début d'après-midi. Le Père nous reçoit dans son antichambre, avec son effusion et bonhommie habituelles, qui en faisait un favori de nos parents. Ma mère ne remets mon crucifix neuf, enveloppé dans du papier de soie blanc, s'assied sur une chaise tandis que le Père Lamande et moi pénétrions dans sa chambre. J'étais à genoux sur un prie-dieu recouvert de velours vert foncé, et le Père Lamande était assis sur une chaise en face de moi, légèrement en quinconce, et penché vers moi de sorte que son visage était tout près du mien. Lumière tamisée. La confession commence comme prévu, au sens où les formules et échanges sont conformes au descriptif que l'on nous avait ressassé dans les cours d'instruction religieuse. Soudain le ton change, et le Père Lamande me demande à brûle pourpoint si je connais la différence enter les petites filles et les petits garçons. Un malaise m'envahit, je pense à ma mére dans la pièce d'à côté, je bredouille, ne sachant que dire. Il se fait plus pressant et commence à me décrire lui-même l'anatomie de l'appareil génital féminin, me demandant de confirmer sa description, me demandant si j'avais une soeur, me demandant de lui décrire le sexe de ma soeur. Je balbutie des réponses enfantines tout en versant des larmes d'angoisse. J'ai le souvenir d'une question précise, "comment est-ce à l'intérieur de la fente?"; je ne réponds pas, pétrifié que je suis; il persiste "c'est de quelle couleur?", et moi de répondre (j'en souris aujourd'hui) "rose"; "comme du jambon?", ajoute t'il; "oui, mon Père", je réponds. Au moment de l'absolution, il m'enlace et me serre contre lui, passe sa main sous ma culotte courte et me masse les fesses tout en anonnant les salamalecs d'usage. La confession est donc terminée. Le Père Lamande m'embrasse et rend à ma mère son fils de 7 ans, abasourdi, rouge de honte, essuyant ses larmes. Ma pauvre mère se dit sans doute que je venais de vivre une expérience mystique de choix et félicite chaleureusemnt le Père Lamande.

Je n'ai jamais raconté cet incident à mes parents, encore que j'ai faillit le relater à ma mère il y a un mois de cela. Ni à mes camarades de classe, intimidé sans doute par cette chape du secret qui entourait le sacrement de la confession.

Sans vouloir en faire des tonnes tout en le voulant, j'ajoute que j'ai été victimes d'attouchement par d'autres jésuites au moyen collège, toujours dans le cadre de confessions dans un bureau, sans parler d'un père surveillant en classe de seconde dont la spécialité était de fesser avec une chaussure de basket nous autre coupables à plat ventre sur un bureau, "4 sans la culotte, 8 avec la culotte", selon la formule. Les coupables: le Père Claire (orth?), le Père André, le Père aumonier de la classe de 3eme (son nom méchappe mais je me souviens de son haleine chargée), le Père Levesque...

Ces incidents détestables m'ont bien gâché mon long séjour à Franklin, dont je garde pourtant le meilleur souvenir et apprécie immensément à ce jour l'éducation reçue. Mais ils ont contribué au fait que je n'ai plus mis les pieds dans une église (hors mariages, enterrements, visites touristiques) ou dans un confessional depuis 1962. Et mes trois filles n'ont reçu aucune éducation religieuse.

En écrivant ces mots, il me revient à l'esprit que le bulletin trimestriel d'échanges entre parents, élèves, et enseignants de St Louis de Gonzague s'intitulait "Témoignages". Mon histoire est donc un témoignage à ajouter au tien et je t'autorise à en faire état quand et où bon te semble.

Amicalement,

Jean-Pierre Jacquet