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L’argumentaire est apparu à la même période sur plusieurs sites et blogs de cette même mouvance, comme LifeSiteNews.com. Il se base sur un calcul assez cynique, établi à partir d’un rapport remis au ministère de l’éducation américain voilà plus de dix ans, en 2004 :

  • ce rapport évoquait 10 667 cas d’abus sexuels par des prêtres (selon la conférence américaine des évêques catholiques) entre 1950 et 2003, soit une moyenne d’environ 201 par an ;

  • il le comparait à un travail de synthèse de diverses études à propos de la pédophilie dans l’éducation publique, qui aboutissait à une estimation d’environ 290 000 victimes entre 1991 et 2001, soit 29 000 par an.

Cette étude et le comparatif fait par son auteure, Charol Shakeshaft, qui avait dit en 2006 que « les abus sexuels sur les élèves des écoles [publiques] sont sans doute 100 fois plus importants que les abus commis par des prêtres[catholiques] », avaient déjà fait couler beaucoup d’encre aux Etats-Unis.

2. Des chiffres et des méthodes différentes

Un premier problème de méthode n’avait pas échappé à nombre d’observateurs à la sortie de cette étude : elle compare des cas peu comparables. En effet, elle oppose des cas avérés d’abus sexuels reconnus par l’Eglise outre-Atlantique à des chiffres qui sont pour l’essentiel issus d’entretiens et de questionnaires, où il n’est pas précisé la gravité de l’abus sexuel subi, qui va du harcèlement au viol.

Second problème de méthode, on compare des cohortes de taille très différentes :

  • on comptait, en 2014, un peu plus de 38 000 prêtres catholiques aux Etats-Unis (ils étaient environ 50 000 dans les années 1990) ;

  • il y a quelque 3 millions d’équivalents temps plein pour les seuls enseignants du secteur public américain – sans compter les employés non enseignants des écoles.

3. Une estimation basse

Il faut aussi noter la grande différence entre les chiffres donnés par la Conférence épiscopale américaine et ceux issus d’une somme de questionnaires et d’une extrapolation chiffrée.

La Conférence épiscopale américaine a fourni des chiffres plus récents, évoquant 16 787 personnes s’étant signalées comme victimes d’abus sexuels de la part de prêtres entre 1950 et 2012. Soit 270 par an. Il ne s’agit là, comme pour le chiffre du graphique, que de personnes qui ont, souvent des dizaines d’années après les faits, eu le courage de se signaler auprès des autorités ecclésiastiques. C’est donc selon toute probabilité une estimation basse.

L’église américaine a, chaque année depuis 2003, dédommagé des victimes, sans qu’on sache toujours combien ont bénéficié de ces dédommagements. Une totalisation partielle donne environ 13 000 bénéficiaires entre 2002 et 2009.

4. Des chiffres hors de propos

Enfin, rappelons que les scandales qui secouent l’église américaine ne tiennent pas tant au nombre de cas d’abus sexuels recensés qu’au fait que les autorités ecclésiastiques ont, comme dans nombre d’autres pays, longtemps tout fait pour maintenir le silence sur ces affaires. Quitte à maintenir au contact d’enfants des prêtres déjà identifiés comme potentiellement pédophiles. Là réside le cœur du scandale.

Selon des chiffres plus récents donnés par le Vatican, entre 2004 et 2014, l’ Eglise a reconnu environ 3 400 cas d’abus sexuels de la part de prêtres, pour la plupart anciens. Durant cette même décennie, 848 prêtres ont été défroqués pour ce motif, et 2 572 autres éloignés et sommés de faire pénitence.