En janvier 2010, le recteur du collège Canisius envoyait une lettre à 600 « victimes potentielles » d’attouchements sexuels commis par deux anciens religieux entre 1965 et 1985. Une politique de transparence qui permet aujourd’hui au collège de ne pas connaître de défections. 

Au collège Canisius, les demandes d’inscription n’ont pas diminué.

écrit par Claire Lesegretain dans « La Croix » le 02/01/2012

 

En bordure du parc Tiergarten, entre les ambassades d’Arabie saoudite et du Japon, aucune clôture ni grille d’entrée ne délimite le collège Canisius… Rien, si ce n’est une plaque d’acier sur laquelle est gravée « Canisius-kolleg, jesuitengymnasium ». 

En ces jours de vacances scolaires, cet établissement réputé de Berlin qui compte 850 élèves est fermé, mais son administrateur, le jésuite Wolfgang Felber, accepte de revenir sur les douloureux événements du passé.

Une lettre à 600 anciens élèves

Le 28 janvier 2010, en effet, Klaus Mertes, jésuite, alors recteur du collège Canisius et aujourd’hui recteur du collège de Sankt-Blasien (900 élèves), près de Fribourg-en-Brisgau, avait envoyé une lettre à 600 anciens élèves ayant pu être« victimes » de deux religieux dans les années 1965-1985. 

Ces deux religieux prétendaient, avant d’emmener leurs élèves en voyages ou en camps d’été, « vérifier qu’ils n’avaient pas d’attirance homosexuelle », selon l’expression de Wolfgang Felber. « Il ne s’agissait pas de viols mais d’attouchements sexuels et d’humiliations », précise-t-il. Ces deux religieux avaient été renvoyés de Canisius mais sans que leur hiérarchie dénonce explicitement leurs actes. 

L’un d’eux, aujourd’hui retraité, après avoir enseigné à Berlin de 1972 à 1981, a continué de violenter des mineurs dans les établissements scolaires d’Hildesheim et de Hambourg. L’autre qui s’est marié et vit désormais au Chili, a reconnu avoir pratiqué des « punitions corporelles excessives », mais réfute les accusations d’abus sexuels.

« Il faut sortir du silence »

Parmi les 600 « victimes potentielles » et invitées à se manifester, un peu moins de 200 anciens élèves l’ont fait. « Il faut du courage pour sortir du silence au bout de trente ans, et révéler qu’on a été abusé dans son enfance », estime le P. Felber. À chacun d’eux, la Compagnie de Jésus en Allemagne a décidé de verser 5 000 € d’indemnités. 

Les jésuites ont également pris contact avec des associations travaillant auprès de victimes d’abus sexuels et de leur famille, notamment « Wildwasser » et « Tauwetter », et les ont fait intervenir en classe.

« Cette affaire n’a pas nui au collège », affirme le P. Felber qui constate que, deux ans plus tard, les demandes d’inscriptions sont toujours aussi nombreuses et qu’aucun des 100 salariés de l’établissement n’est parti. D’anciens élèves ayant été abusés et devenus parents inscrivent malgré tout leurs enfants au Canisius :« Ils savent que, depuis trente ans, tout a changé ». 

Transparence

Il faut dire que les jésuites de Berlin ont communiqué de manière transparente, le P. Mertes ayant su établir des relations de confiance avec les médias. « Les journalistes ont vu que nous voulions faire toute la vérité et nous ont aidés en fouillant dans leurs propres archives pour y retrouver des dénonciations d’abus », poursuit le P. Felber.

Certains catholiques en Allemagne ont cependant reproché au P. Klaus Mertes d’avoir fait éclater le scandale et d’avoir sali l’image de l’Église et celle de la Compagnie de Jésus. « Les Berlinois catholiques pratiquants gardent confiance en l’Église », estime Mgr Rainer Maria Woelki, archevêque de Berlin depuis juillet 2011. 

Mais selon lui, chez les autres, depuis deux ans, « il y a indéniablement un problème de confiance et beaucoup de Berlinois, catholiques non pratiquants, se sont encore plus éloignés de l’Église ».