Mon père,

dans le communiqué de presse de la compagnie de Jésus du 19/04/2016, il est écrit : 

"Devant une affaire qui lui est révélée, actuelle ou ancienne, la Province de France s’engage à faire la plus grande clarté possible sur ce qui a conduit à de tels agissements et à vérifier l’existence ou non de faits similaires ou d’autres victimes liés à cette affaire. Elle s’efforce ainsi de rechercher la pleine lumière qui seule peut apporter vérité et réconciliation. "

Dans le cadre de l'affaire du père Lamande, à Franklin, dont je suis une des victimes, et dans le respect de votre engagement que je viens de vous rappeler ci dessus, il me semble légitime de vous redemander de bien vouloir répondre à mes questions, dont je pose certaines depuis 6 ans.  

1) j'ai besoin de connaître les conditions du départ de Franklin en 1977 de ce père. Aucune recherche n'a été faite dans les archives de l'école, détenues par l'association des anciens élèves ; trop peu d'adultes de cette époque ont été contactés par vous, et ce malgré les témoignages de 6 enfants attestant de son éviction brutale. Un écrit établissant sa pédophilie serait pour moi une sorte de reconnaissance officielle de cette agression insupportable dont j'ai été victime, reconnaissance publique qu'à ce jour, j'attends encore de votre part. Cela me permettrait enfin de retrouver la paix sur cette affaire. 

2) Dans l'extrait de votre communiqué ci-dessus, vous dites rechercher la pleine lumière. Cela fait deux longues années que je vous demande, à vous personnellement, l'usage que vous ferez de cette lumière : comptez vous l'exposer au public, ou la cacher soigneusement pour ne pas ternir l'image de votre congrégation ? Je vous affirme au passage que l'Omerta dont vous faites preuve depuis 6 ans est beaucoup plus destructrice pour votre image que la lumière dont vous parlez sans la montrer ! 

3) J'ai appris par une victime d'un jésuite Belge pédophile que vous aviez « acheté » son silence sur son affaire, comme cela a été fait pour quelques autres dizaines de victimes de prêtres pédophiles dans ce pays. Je voudrai savoir ce que vous pensez de cette pratique. 

4) La même personne avait demandé à avoir accès aux archives de son école pour connaître la vérité de son affaire, les jésuites de son collège ont mis ces archives au secret pour une période de 50 ans, et ils viennent de prolonger cette période de 50 nouvelles années ! Pensez vous que cette manière de faire des jésuites Belges participe à « la recherche de la vérité «  que vous préconisez en France ? 

5) dans votre mail du 28/05/2016, vous m'annonciez une réponse à mes différentes questions « dès le retour du père provincial » A ce jour je n'ai rien reçu !

Vous y parlez «  de la rédaction d'un protocole sur la 'politique de traitement et de prévention des abus sexuels ». Quand celui ci sera prêt, pourriez vous me permettre d'y avoir accès.

Vous m'informez que « le groupe d’accueil » se réunira fin Juin. Cela a-t-il été le cas ; était ce vraiment la première fois qu'il se réunissait, après avoir été créé fin 2014?Quelles ont été ses conclusions ? Avez vous reçu d'autres demandes de victimes en plus des deux que ce groupe a reçu depuis sa création ? 

6) Le 01/06/2016 , j'ai adressé cette requête au Supérieur général de votre Compagnie : 

« Je m'adresse à vous car j'ai eu très récemment un contact avec le père Klaus Mertes S.J. qui, en tant que directeur du collège Canisius à Berlin, s'était trouvé confronté en 2010 à un autre scandale de prêtre jésuite pédophile, mais avait lui, réagit d'une manière toute différente. Il avait révélé l'affaire au grand jour, et n'avait pas eu peur de tendre la main à toutes les victimes potentielles, fermement soutenu dans sa démarche par son Provincial .

Mon père, je ne comprends pas que jésuites de France et jésuites d'Allemagne puissent avoir des positions aussi diamétralement opposées, alors qu'ils sont tous sous votre ferme autorité. Aussi je me permets très respectueusement de vous demander de bien vouloir harmoniser l'approche des questions de pédophilie chez les jésuites , espérant que vous adopterez celle du père Klaus Mertes et des jésuites Allemands. » 

Il m'a répondu le 17/06 ce qui suit : 

«  Sur ce point, les manières de procéder varient d'un pays à l'autre : la procédure adoptée en Allemagne diffère de celles suivies aux Pays-Bas ou encore en Belgique (pour ne citer que ces exemples) sans que ces différences ne traduisent de la malveillance ou de la négligence. » 

Il n'y a donc que vous qui puissiez m'expliquer pourquoi votre réaction sur cette affaire de Franklin est à l'opposé de celle du directeur du collège Canisius à Berlin.

 

Toutes ces questions ( à part la dernière) figuraient dans mon mail du 27/05, et votre réponse du 28/05 m'en annonçait une autre plus détaillée. Seule cette réponse détaillée me permettra de croire vraiment en la sincérité de ce que vous écrivez dans votre communiqué de presse.  

Cordialement 

JP Martin Vallas 

PS vous trouverez tout les courriers que je cite sur mon blog : http://franklin2.canalblog.com/