Cher Monsieur,

Comme convenu, je vous recontacte pour apporter des éléments de réponse à votre demande du 8 septembre dernier.

Vous nous avez demandé de faire des recherches sur le Père Lamande et ses méfaits commis au collège St Louis de Gonzague et des investigations dans les archives, aussi bien de la Province que celles des Anciens Elèves de Franklin. Elles ont été effectuées et ne nous ont donné aucun élément sur ce dossier : on y trouve essentiellement des lettres de remerciements et des photos de promotion, de confirmations et autres retraites de groupe. Par ailleurs, les jésuites de cette génération qui ont connu le Père Lamande et qui ont pu être consultés, n’apportent pas d’éléments précis ni sur les comportements, ni sur les conditions de départ de Franklin du Père Lamande, si ce n’est, pour certains, sa difficulté de collaborer. Néanmoins votre témoignage et ceux que vous reportez sur votre blog montrent bien que le Père Lamande a eu des comportements condamnables. Soyez certain que, s’il nous arrive de rencontrer des personnes qui en doutent, nous leur faisons part de notre certitude de l’existence de tels faits, que nous regrettons et condamnons très vivement.

Pour ce qui concerne les affaires anciennes sur lesquelles la justice ne peut plus intervenir, nous avons pris des contacts ces derniers mois avec des associations d’aide aux victimes. Elles nous encouragent à poursuivre dans l’information large donnée sur l’existence de notre cellule d’accueil, pour que toutes les anciennes victimes puissent en être informées et puissent nous contacter ; nous sommes bien sûr toujours disponibles pour les recevoir.

Cependant, ces associations invitent à la plus grande prudence quant à la prise de contact directe avec les victimes. Selon leur expérience, des démarches ‘pro-actives’ de notre part peuvent en effet être blessantes et perçues comme intrusives en arrivant à un moment inopportun dans la vie de personnes victimes. Vous le savez vous-mêmes, il est primordial de respecter chaque histoire personnelle et le moment choisi par la personne victime pour parler ou non de ce qu’elle a pu subir. Au terme de nos échanges avec les professionnels rencontrés dans les associations d’aide aux victimes, il nous apparaît qu’il est à craindre qu’une initiative de prise de contact directe de notre part soit perçue comme une nouvelle violence faite par l’institution, et ce, alors que cette institution peut être considérée par une personne victime comme étant, en tout ou en partie, responsable des maux et dommages  déjà subis. Ainsi, nous continuerons d’informer largement sur l’existence de notre cellule, sur le protocole que nous avons mis en place, mais nous estimons que nous ne devons pas envisager  de contacter les victimes éventuelles, par respect pour elles. Et nous vous confirmons que nous restons bien-sûr très attentifs à toute prise de contact faite par toute personne victime qui nous interpelle ou nous sollicite.

D’autre part, le protocole précise bien notre manière d’agir au cas où des faits nouveaux d’abus nous seraient communiqués (cf. pages 9 et 10). Nous y rappelons quand et comment, en application de la loi, la justice sera saisie ; et il convient de souligner dans ce cas, que conformément à la loi, nous serons tenus au silence jusqu’au procès, de manière à laisser la justice opérer, à protéger les victimes et à respecter la présomption d’innocence.

Vous évoquez des affaires en Belgique. Je ne peux que vous inviter à vous tourner vers les instances ecclésiales belges compétentes. La Commission Interdiocésaine pour la Protection des Enfants et des Jeunes a déterminé pour le dépôt des plaintes des points de contacts par diocèse belge et un point de contact pour la Conférence des religieuses/religieux en Belgique (COREB) (pointdecontactabus.coreb@catho.be) ; celle-ci adresse les plaignants aux supérieurs majeurs concernés.

Enfin, vous concluez votre message par la demande d’être accueilli par le groupe d’accueil. Le groupe en tant que tel ne reçoit pas directement les victimes mais mandate l’un et ou l’autre de ses membres pour les recevoir individuellement. Ce qui fut fait pour vous à plusieurs reprises par le P. Yves de Kergaradec, avec lequel vous avez pu évoquer votre situation personnelle.

Nous espérons que ces éléments de réponse vous permettront de mieux comprendre notre manière d’agir et notre volonté de respecter notamment les victimes.

Cordialement

P. Arnaud de Rolland sj

 

Assistant du Provincial de France