Mon père,

je vous remercie infiniment de votre réponse, qui est très développée et circonstanciée.

Vous comprendrez cependant qu'elle ne m'apporte que très peu de satisfaction, et je vais vous en expliquer les raisons.

-Néanmoins, je débuterai ma réponse par une question que je vous ai personnellement posée le 29/10/2014  que je vous cite partiellement :« vous avez écrit : Oui, seule la pleine lumière peut apporter vérité et réconciliation, et c'est pour cela que le P. Provincial a souhaité que cette cellule puisse exister et que tous les efforts soient faits dans ce sens. »A qui allez vous montrer cette lumière ? Allez vous partager et faire connaître ces affaires de pédophilie, encourageant par là même les autres victimes à parler, ou bien allez vous mettre au secret vos découvertes ?Deux ans après, je n'ai toujours pas de réponse ! Et ce n'est pas faute d'avoir répété la question.

-Vous dites avoir fait des recherches complémentaires concernant les conditions du départ du père Lamande, en consultant les archives des anciens élèves. Je suis extrêmement surpris que vous n'ayez rien trouvé, car pour moi, au vu des 7 témoignages que j'ai reçus sur le sujet, il est impossible que ce départ n'ait pas été lié à ce problème de pédophilie. J'en conclus que ces archives ont été nettoyées ! Je suis aussi étonné de l'amnésie des jésuites de cette génération, (mais pas vraiment ).Il n'en reste pas moins qu'en 1977, date de son départ, une personne âgée de 40 ans ou moins a aujourd'hui, moins de 80 ans, et donc peut témoigner de cet événement, sans avoir cette tendance à l'amnésie de vos frères jésuites. Vous avez dans vos archives la liste de ces personnes, présentes au collège à cet époque. Il est donc possible de les inviter à témoigner en les contactant. Si vous ne souhaitez pas le faire, j'aimerais que vous m'en donniez les moyens en me fournissant la liste et les coordonnées de ces personnes. Il me semble que cette recherche fait partie « des investigations nécessaires » citées dans votre document du 01/09/2016. Je vous redis que pour moi, il est très important de savoir de source « adulte de l'époque  » que le père Lamande avait été reconnu en tant que pédophile. C'est la dernière chose qui me manque pour pouvoir devenir serein sur cette épisode.

-Vous vous référez aux conseils d'associations de victimes pour expliquer votre refus de prendre des initiatives pour approcher des victimes potentielles. Je souhaiterais connaître le nom de ces associations pour qu'elles m'expliquent ce point de vue. Je pense que vous ne connaissez pas le père Klaus Mertes, jésuite allemand, qui en 2010 était directeur du collège jésuite Canisius à Berlin, quand trois anciens élèves lui ont dénoncé des abus sexuels subis dans les années 1970 et 1980 . Il a eu alors une réaction diamétralement opposée à la votre, et il a contacté 600 anciens élèves , victimes potentielles ! J'ai eu l'occasion de lui parler au téléphone, pour lui demander pourquoi une telle différence d'approche entre les jésuites allemands et français. Il m'a répondu qu'à la suite de son expérience, beaucoup de jésuites d'Europe lui avaient demandé de la partager avec lui ; mais les français n'étaient pas intéressés ! Vous pourriez avec profit lire le livre qui a été écrit sur cette affaire. ( Verlorenes Vertrauen- Klaus Mertes-Ed Herder 06/2013-227p)

-Je ne sais pas ce que vous entendez par « informer largement sur l'existence de votre groupe d’accueil », mais je sais qu'après le 19/04/2016, une vingtaine de victimes m'ont contacté personnellement, et non votre groupe d’accueil, pourquoi ?                                       Il y a deux raisons qu'elles m'ont évoquées : la première est qu'elles ne connaissaient pas l'existence de ce groupe, la deuxième tient au fait que ce groupe est sous votre entière dépendance ; c'est vous qui en avez désigné les membres, et si vous lisez notamment la fin du message du 23/04/2016 « éviction-7 » de mon blog , vous comprendrez que c'est un repoussoir de témoignage, et non ce que vous dites souhaiter en faire. (http://franklin2.canalblog.com/archives/2016/04/23/33707165.html)                                                                       Il est remarquable, à propos de ces structures( groupe d'accueil, cellules d'écoute), que dans beaucoup d'autres pays que la France, elles échappent à l'autorité de l'église et des congrégations.

-Je serais curieux de connaître à quels articles de loi vous vous référez pour vous imposer le silence jusqu'au procès. Je vous ferai de plus remarquer que votre communiqué du 20/06/2016 sur l'affaire de Dominique Peccoud a été fait avant qu'un jugement définitif ne soit prononcé. Par ailleurs, et toujours à propos de Dominique Peccoud, avec qui j'ai passé deux ans à Ginette, je voudrais savoir si selon la procédure du Motu Proprio Sacramentorum Sanctitatis Tutela du 30 avril 2001 , son dossier a été transmis à la Congrégation pour la doctrine de la foi, et quelles ont été ses conclusions.

-Concernant les affaires Belges, je ne me retournerai pas vers l'église Belge. Il s'agit d'une victime d'un jésuite belge, et non d'un prêtre ordinaire. Et je vous renouvelle mes questions, qui s'adressent à vous, pas aux Belges, et qui vous ont notamment été posées dans mon mail du 26/07 à votre intention.

« 3) J'ai appris par une victime d'un jésuite Belge pédophile que vous aviez « acheté » son silence sur son affaire, comme cela a été fait pour quelques autres dizaines de victimes de prêtres pédophiles dans ce pays. Je voudrais savoir ce que vous pensez de cette pratique. 

4) La même personne avait demandé à avoir accès aux archives de son école pour connaître la vérité de son affaire, les jésuites de son collège ont mis ces archives au secret pour une période de 50 ans, et ils viennent de prolonger cette période de 50 nouvelles années ! Pensez vous que cette manière de faire des jésuites Belges participe à « la recherche de la vérité «  que vous préconisez en France ? « 

-J'ai effectivement été reçu plusieurs fois par le père Yves de Kergaradec. La dernière fois était le 14/04/2016. La conclusion de notre entretien a été la suivante :   « Le père de Kergaradec entend mes demandes et  accepte de les présenter au Provincial France et précise que seul le Provincial  peut décider des réponses à apporter. «  J' en ai conclu ( avec son approbation) à l'inutilité de nos entretiens, et je me suis donc adressé directement à vous. Ce père, au cours de nos discussions m'a parlé de deux autres affaires de jésuites pédophiles.

La première a été évoquée parce que nous discutions du clivage de la personnalité du père Lamande. Il était admiré par tous, sauf par ses victimes, qui n'osaient pas parler. Il m'a alors parlé d'un collège, ou, au décès d'un père jésuite, toutes les personnes qui l'avaient connu ont voulu ériger un monument (symbolique) à sa mémoire. Ce que n'ont pas supporté quelques victimes, qui ont alors trouvé la force de parler.

La deuxième est celle d'un couple de personnes âgées qui viennent le voir régulièrement pour lui parler de leur fils, abusé par un jésuite du collège de Lille , complètement détruit par cette agression, et qui depuis est à leur charge.

A mes questions sur ces affaires, il m'a opposé un mur de silence.

Et je rajouterais deux autres affaires évoquées dans les témoignages 16, à St Joseph de Tivoli et le 28. Est ce là votre manière de faire toute la lumière sur ces affaires ? 

-Je vous remercie à nouveau pour votre lettre, car vous avez visiblement cherché à argumenter vos positions ; mais je constate que l'ensemble de vos arguments est sous-tendu par une attitude de fond qui se résume en deux mots : «  l'Omerta des jésuites » . Surtout ne rien dire, ou en dire le minimum absolu , sur ces affaires de jésuites pédophiles, et seulement quand on est pris à la gorge par les médias.

A plusieurs reprises, le père Grenet a admis ne pas mener au mieux cette affaire du père Lamande, et je cite notamment un extrait d'une dépêche AFP du 01/09/2016 :

 « Le Père Grenet avait dit en avril "regretter profondément" l" « attitude d'attente «  qui avait été la sienne. »

Pour vous aider à mener au mieux cette affaire je ne saurai trop vous conseiller d'écouter la conférence de l'abbé Gabriel Ringlet sur ce sujet, et que vous trouverez à ce lien :

http://www.groupe-sapec.net/conferences-de-l-abbe-ringlet.htm

Une autre preuve de votre bonne volonté serait aussi de répondre précisément à l'ensemble des questions et observations ci-dessus.

Cordialement

JP Martin Vallas