Cher Monsieur,
Suis arrivé au petit collège en 8ème avec Melle Bienaimée et le Père Gilles puis en 7ème avec Monsieur Cerisier et le Père Lamande. Ces deux années avec Monsieur de Postel comme surveillant général. je dirais 1959-1962.
J'ai vécu tout ce que j'ai pu lire dans les témoignages que vous avez réunis :
- des confessions dans une grande pénombre sur les genoux avec baisers sur le visage; en revanche, je n'ai rien capté à l'époque et je n'en ai parlé à personne; j'étais mal à l'aise sans savoir;
- un Postel hyper cajoleur et je dirai aujourd'hui, racoleur;
donc rien de spectaculaire mais ces deux personnes ont incontestablement pesé sur mon développement personnel dans un contexte difficile car j'étais un mauvais élève. Ensuite j'ai fait toute ma scolarité rue Franklin (tant bien que mal ...).
C'est après avoir quitté cette école que j'ai pu vivre ma vie.
C'est en lisant vos témoignages (à 64 ans) que je réalise combien cet encadrement m'a été inapproprié en terme d'éducation.
Je comprends que la pédophilie peut être rampante et sa subversité non spectaculaire.
Je me suis bien gardé de mettre mes enfants dans un établissement qui ne m'avait guère convaincu (de manière inconsciente).
Vos témoignages m'ont fait prendre conscience du caractère insidieux de tout cela ainsi que du déni des pères préfets et des pères recteurs. J'ai très bien connu les Pères Lauras et Celier qui n'avaient rien à voir avec tout cela mais qui ont systématiquement tout verrouillé, chacun à sa manière : l'un dans la rondeur, l'autre dans la raideur.
Cette affaire est sans doute moins spectaculaire que d'autres mais elle est particulièrement déplacée en considération de l'excellence d'éducation dont se targuait Saint Louis de Gonzague.
En fait, je ne réalise qu'aujourd'hui, en lisant les témoignages que vous avez réunis, les causes d'une douleur ancienne.
Merci !