Le père Grenet ,Provincial France pendant 8 ans, était déjà aux commandes lorsque j'ai été voir pour la première fois le père Lamy, responsable de la communauté des Jésuites de Saint Louis de Gonzague. Il n'est plus Provincial depuis un an.
Nous avons passé une heure ensemble, dans un bureau parisien. Il a commencé par m'exprimer la gêne qu'il ressentait vis à vis de moi, sans pouvoir vraiment en expliquer les raisons.
Nous avons ensuite regardé une vidéo de 15 mn, extraite de l'émission "pédophilie, un silence de cathédrale" avec les trois témoignages les plus bouleversants de l'émission. Il avait déjà vu ce documentaire, mais c'était un bon moyen de se mettre à niveau.
Il avait refusé que notre rencontre ait lieu en présence du réalisateur de l'émission . Je l'ai donc prévenu que je mettrai sur mon blog le compte rendu de notre entretien, à lui de ne pas me dire ce qu'il ne voulait pas y voir figurer! Il a accepté.
Il m'a expliqué que depuis le début, il n'était pas à l'aise avec cette affaire du père Lamande, d'une part du fait qu'il soit mort, et d'autre part parce qu'il n'avait trouvé aucun adulte de l'époque pour confirmer les faits. Qu'au moins 10 enfants à l'époque des faits les confirment ne lui suffisait pas.
Dans son communiqué de presse de 2016, il s'était engagé à faire toute la lumière sur l'affaire du père Lamande. Je lui ai donc demandé à qui il avait l'intention de montrer cette lumière, et il m'a répondu sans l'ombre d'une hésitation,  « à la victime, bien sûr »,  et c'est tout. J'ai donc insisté lourdement pour lui faire comprendre que cela s'appelait "Omerta" on cache, on fait le silence. Il a cherché alors à attribuer son attentisme à un phénomène culturel spécifiquement Français! 
J'ai évoqué ensuite un mail du responsable de leur groupe d'accueil, qui, après avoir écrit noir sur blanc qu'il reconnaissait la vérité de l'agression sexuelle dont j'avais été victime par le père Lamande, m'informait "qu'il n'avait plus rien à me dire" et me signalait qu'il y avait d'autres association qui pouvaient s'occuper des victimes. Le père Grenet était au courant de ce mail, qu'il expliquait en disant que mon problème personnel était considéré comme réglé, et le fait que je veuille parler des autres victimes du père Lamande, ne les concernait pas!  Et pourtant, ayant reçu moi même 7 témoignages de victimes de collèges différents,  je lui explique que je considère qu'il y a environ 700 victimes de Jésuites pédophiles qui n'ont jamais pu se libérer par la parole.100 victimes par prêtre, au bout de 30 années d'activité en milieu scolaire, c'est le "score" du père Preynat à Lyon, et sûrement aussi du père Lamande.
Dans son interview avec le réalisateur, il avait dit qu'en trois ans, le groupe d'accueil avait été contacté 14 fois, et qu'il était apparu 4 prêtres Jésuites pédophiles, dont 2 étaient décédés. Je lui ai donc fait remarquer qu'en Belgique, en 2010, à la suite d'un scandale lié à un évêque pédophile avec son neveu, plus de 600 victimes s'étaient fait connaître.  Que l'association lyonnaise LPL avait reçu  400 témoignages de victimes de prêtres. Que moi même, avec mes faibles moyens, j'en avais recueilli 34.
A propos de ce groupe d'accueil, la seule indication connue de son activité, depuis 2014, date de sa création, réside dans les chiffres cités plus haut par le père. Celui ci m'indique qu'il n'est pas question que soit publié un rapport d'activité. Ce manque total de transparence ne semble pas le déranger.
Le père Grenet est maintenant nommé en Belgique. J'en profite donc pour évoquer le cas d'une victime au collège jésuite de Tournai. A la suite des décisions de la commission Lalieux, il a été reçu par un groupe de 3 ou 4 personnes. C'était la première fois qu'il racontait son agression. Quelqu'un lui a dit "on vous croit" et on lui a donné environ 1.000 euros, après qu'il ait dû signer un engagement de confidentialité. Il est maintenant frustré et furieux de cet épisode. Il n'était pas venu chercher de l'argent, mais une écoute et de la compassion.
J'ai ensuite évoqué la parabole du bon Samaritain. Un pauvre homme détroussé et battu par des voleurs gît sans connaissance dans le fossé, le jésuite le voit, s'arrête, et lui dit "viens, je vais te soigner" , mais le pauvre homme est incapable de se lever. Et donc, le jésuite  passe son chemin, car il avait plus important à faire, sauver l'honneur des Jésuites. 
Parce qu'une victime ne parle pas au premier coup de sifflet. Il faut des sollicitations comme en Belgique ou à Lyon récemment. Je lui indique qu’à mon avis, l'omerta est le maître mot de leur subconscient, on cache et on se tait. Ce mot guide leurs actions, mais bien sur , pas leurs paroles!
Sa conclusion a été "je vais en parler au Provincial" 
Quant à moi, j'aurai au moins pu dire ce que j'avais envie de dire, de vive voix, pour la suite, c'est "à la grâce de Dieu"