Je viens de tomber par hasard sur un article décrivant la première année d’activité de la cellule d’écoute ( pour les victimes de prêtres pédophiles) du diocèse de Montpellier. Cet article date de Mai 2017 . En un an, ils ont reçu 32 appels, dont dix de victimes, et en ont rencontré 8. Ces victimes parlaient pour la première fois. Cette cellule présente la particularité d’être externalisée de l’évêché. Elle repose sur le Criavs (Centre de ressources pour les intervenants auprès des auteurs de violences sexuelles) Un service regroupant neuf soignants spécialistes dans l’accueil et le soin d’auteurs et de victimes de violences sexuelles. Crée en Mai 2016, la cellule a reçu à ce jour ( octobre 2018) une quinzaine de demandes d’entretien de victimes de prêtres.  

Qu’est ce que j’y cherche ? D’abord, je voudrais comprendre pourquoi il est si difficile à une victime de parler, même 50 ans après les faits, et partant de là , trouver des solutions pour les y encourager. Ensuite, il y a 18 mois, dans cet article, il était question de mettre fin à cette cellule, car elle n’était pratiquement plus active ! Je voudrais donc savoir si l’évêché pense avoir atteint l’ensemble des victimes du diocèse, sachant bien que de toute manière, certaines mourront avec leur secret.  

Le 16/10, j’appelle le N° de la cellule qui me renvoit sur le Criavs; lequel me demande de joindre Mr Bodkin, dont je sais qu’il est à la fois diacre et psy. Ce dernier me propose de me recevoir, ce que je refuse, car je ne veux pas avoir affaire à des prêtres ou leur équivalent ; Il me propose alors de me recevoir au CHU avec une autre personne, ce que je refuse encore pour la même raison ; il me dit alors que je serai appelé par un membre de la cellule pour un rendez vous . Le même jour Mme Teillard me fixe un rendez vous au CHU pour le 22/10. 

Je rencontre donc Mme Teillard qui est une des psy de la cellule d’écoute, au CHU Lapeyronie, à Montpellier. Je lui raconte mon histoire, et à propos de ma réaction d’amnésie, elle emploi un terme que j’apprécie : « dissociation traumatique »

L’objectif de la cellule est de « toucher un peu tout le monde » dit elle. Pourquoi est il si difficile à un enfant victime d’abus sexuel par un prêtre de parler ? Elle évoque la honte et la culpabilisation. L’adulte qui revient sur ces évènements, ne comprend pas qu’il ait pu subir passivement, il se sent acteur, et responsable des faits et donc coupable, mais il réagit comme l’adulte qu’il est et non comme l’enfant qu’il était au moment de l’agression.  

A chaque article dans un journal, la cellule reçoit 3 ou 4 appels. La cellule fait annuellement un compte rendu d’activité, qui est envoyé à l’Autorité régionale de santé (ARS) . Il est évident que très peu de victimes du diocèse ont approché la cellule. Soit par ignorance de l’existence de la cellule, soit parce que le message entendu n’a pas été suffisamment fort pour les inciter à parler, soit leur décision est de ne jamais en parler. Entendre les témoignages d’autres victimes est important, car ils ont l’impression d’être seule victime, et ils culpabilisent de ne pas avoir dit non.

Et après avoir parlé, que se passe t’il pour la victime. En général, elle a une grande colère contre l’agresseur et ses protecteurs. La psy conseille une thérapie, non pour guérir magiquement cette colère, mais pour chercher et trouver avec la victime les moyens d’exprimer cette colère, et sortir d’une rumination stérile.