JP Martin Vallas

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                                                                           lettre ouverte à Mr Jean-Marc Sauvé

le 15/11/2018                                                       président de la commission indépendante

                                                                            de la Conférence des Evêques de France

 

 Monsieur,

 

Je m’adresse à vous, en tant que président de la « Commission indépendante » décidée début Novembre par la Conférence des évêques de France, étant moi même une victime (prescrite) d’un prêtre jésuite pédophile il y a quelques dizaines d’années.

Je me réfère au texte publié le 07/11 sur le site de la CEF décrivant la feuille de route de cette commission, j’y vois un oubli essentiel : les victimes. 

Il est notoire, et tous les experts en la matière vous le confirmeront, qu’il est extrêmement difficile pour une victime de parler de son traumatisme, même des années après les faits, en raison notamment de la honte, du sentiment de responsabilité et de culpabilité qui y sont associés. Pour se protéger, la victime s’ érige une cuirasse de protection dont l’effet principal est de l’enfermer dans la rumination mentale de son agression sexuelle.

Et pourtant, pouvoir se libérer par la Parole est l’ unique porte de sortie de cet enfermement. Il faut donc trouver les défauts de cette cuirasse. L’association « La parole Libérée » en a trouvé un, puisque depuis sa création, environ 400 victimes de prêtres pédo-criminels ont témoigné sur son site. Le père Hans Merkel S.J., directeur du collège jésuite de Berlin, a, quant à lui, écrit 600 lettres aux victimes potentielles d’un prêtre de son institution, à la suite d’une dénonciation par trois victimes. 

Dans sa feuille de route, la CEF parle de travail de mémoire, confié à chaque évêque . Je pense que la priorité repose sur le travail de guérison des victimes, à ne pas confondre avec un travail administratif de mémoire.

De plus les évêques, dans leur évêché, ont, à mes yeux, largement fait la preuve de l’inefficacité de leurs « cellules d’écoute » . J’en connais trois qui me font dire ça. Se limiter à créer un numéro de téléphone et attendre que les victimes appellent, c’est ignorer, sciemment ou non, la difficulté qu ‘elles ont à parler.

J’ajouterai en dernier lieu que parler de prévention pour qu’il n’y ait plus de nouvelles victimes, sans avoir vraiment cherché à connaître les anciennes, me semble voué à l’échec. 

Veuillez agréer, monsieur, l’expression de mes sentiments respectueux.

 

JP Martin Vallas