Cher Monsieur Martin-Vallas,

 

Je réponds à votre courriel, mais également à celui que vous m’avez envoyé le 1er juillet avec l’annexe qu’il contient. Cette annexe reprend la liste des témoignages que vous avez pu récolter. Cette liste a retenu mon attention puisque je rassemble, en ces semaines, des informations existantes, mais souvent dispersées. Je vais m’appuyer sur la numérotation que vous utilisez dans cette annexe.

-          Quatre témoignages (31, 29, 16 et 10) (Saint-Étienne, Sarlat, Bordeaux et Neuilly) m’intéressent particulièrement car ils me concernent des faits qui me sont inconnus. Les indications de noms que vous donnez le 1er juillet et le 9 août pourraient correspondre au P. Boniteau (Saint-Etienne) et au P. de Rauglaudre (Bordeaux). Dans le cas de Sarlat (où vous ne donnez qu’une initiale) et Neuilly, il m’est plus difficile de faire un quelconque rapprochement. Vous pouvez, dans la mesure où vous recontactez les victimes concernées, souligner que je serais heureux de disposer d’un témoignage de leur part, particulièrement dans ces quatre cas : cela me permettrait d’ouvrir un dossier au nom des jésuites incriminés. Je rappelle également que les victimes peuvent toujours contacter la CIASE, si elles ne nous font pas confiance. Ces contacts ne sont d’ailleurs pas exclusifs.

-          Deux témoignages (30 et 32) concernent des victimes de jésuites belges, l’une à Bruxelles et l’autre à Tournai. Vous écrivez qu’elles se sont adressées, l’une et l’autre, à la Commission d’Arbitrage. Pour la seconde je crois pouvoir l’identifier car les dossiers de cette commission ont été documentés et sont conservés. Toutefois je ne peux pas identifier la première victime, et cela m’étonne vu que je devrais disposer des éléments transmis par la Commission d’Arbitrage. Une explication possible : il y a plusieurs collèges jésuites à Bruxelles (certains dépendant de la Province jésuite néerlandophone). Il conviendrait donc de vérifier s’il s’agit d’un jésuite du Collège Saint-Michel – qui est le Collège des jésuites francophones à Bruxelles.

Dans notre communiqué du 3 juillet dernier, nous avons signalé qu’à cette date, notre cellule d’accueil et d’écoute avait reçu les témoignages de « 28 personnes mettant en cause 19 prêtres jésuites pour abus sexuels en France, dont 13 sur mineurs et 6 sur majeurs. Sur ces 19 jésuites, 15 sont décédés ». Vous m’interrogez sur ces nombres dans votre courriel du 7 juillet : tous les 28 témoignages proviennent bien de victimes de 19 jésuites. Cela signifie que plusieurs victimes d’un même jésuite se sont parfois manifestées. C’est le cas par exemple pour le P. Lamande : en plus de votre témoignage, notre cellule d’accueil et d’écoute a reçu deux autres témoignages : l’un en direct, et l’autre via une cellule d’écoute diocésaine. Je suis bien conscient que vous avez reçu, de votre côté, d’autres témoignages encore.

Je termine en soulignant que le communiqué a aidé d’autres victimes à nous contacter au cours des dernières semaines : nous avons pu identifier plusieurs nouveaux cas d’abus. Les nombres publiés au mois de juillet sont donc déjà dépassés.

Ces témoignages qui nous parviennent nous permettent (notamment) de compléter les archives et d’apporter davantage de vérité sur la vie de certains jésuites : tous ces témoignages sont conservés et numérotés. Quand nous pouvons écouter une victime en lui signalant qu’elle n’est pas la seule à avoir été abusée par un jésuite, c’est souvent expérimenté positivement par elle.

Je suis bien conscient que le travail est loin d’être terminé.

Je vous présente mes salutations distinguées,

Thierry Dobbelstein SJ