Compte-rendu de réunion du 21 septembre 2021 avec le frère Thierry Dobbelstein s.j., rue de grenelle à paris
cette réunion en présentiel fait suite à la précédente réunion du 21 mars 2020 par vidéo conférence
Le frère Dobbelstein est socius des jésuites de France, c'est-à-dire qu'il est le numéro 2 de leur hiérarchie ; il est, de plus le responsable de leur cellule d'accueil pour les victimes d’abus sexuels ou d’abus majeurs par des prêtres jésuites ou par leurs employés
Il commence par faire le point sur l'activité de cette cellule que 63 victimes ont contacté depuis sa création en 2014 révélant l'existance de 41 jésuites prédateurs dont 20 prédateurs d'enfants de moins de 18 ans, et 20 autres prédateurs d'adultes de plus de 18 ans ; il note aussi que sur les 63 victimes environ 40 sont des enfants et 20 des adultes de plus de 18 ans ; les agressions sur les adultes sont toujours liées à un phénomène d'emprise , et pour les plus graves sont des emprises spirituelles
Cette cellule a travaillé de manière très étroite avec la Ciase, échangeant leurs informations sur les jésuites prédateurs et leurs victimes, dans les deux sens ; il estime que, pour les jésuites prédateurs, lorsque l'on consulte leurs archives, il n'y a des traces écrites que dans un cas sur dix ; Il a été amené à faire trois signalements à la police pour des victimes non prescrites ; il s'attache de plus à mettre en contact les victimes d'un même prédateur si celles-ci le souhaitent
Les jésuites, contrairement à l'église catholique de France et à la Ciase, ont étendu leur responsabilité non seulement aux jésuites prédateurs mais aussi à leurs employés prédateurs sexuels ; le frère m'informe qu’en fait très peu d'employés ont été dénoncés comme prédateurs
Mon expérience m'a montré » que les évêques de France, très volubiles dans la communication officielle, bloquent toujours les victimes en leur demandant des preuves de l'agression sexuelle ; le frère m'informe que lorsqu'une victime se présente, il attache beaucoup d'importance à un entretien direct entre lui et la victime, et à une longue discussion ; il n'a jamais eu l'impression à ce jour qu’une victime pouvait lui mentir
J'expose ensuite l'approche d'une victime d'un jésuite cherchant à voir comment la compagnie traite les victimes et les pédocriminels en se rendant sur leur site internet et en faisant des recherches
Le site s'intitule « jésuite. com » et sur la page d'accueil un icône parle de la lutte contre les abus ; il renvoie à une cellule d'accueil , mais rien n'est dit sur la nature de l'abus et il faut lire l'intégralité du document pour comprendre que cela peut aussi porter sur des abus sexuels ; cet encart renvoi à une information sur la cellule d’accueil, mais rien de plus ; il faut faire des recherches avec des mots clefs pour en savoir plus : abus sexuels, pédophilie, pédocriminalité...
Un premier document intitulé « lutte contre les abus sexuels, appel aux victimes et point d'étape » parle de la cellule d’écoute en donnant sa composition : « Composée de jésuites, de psychologues et de juristes » mais n’en dit rien de plus, et en tout cas ne parle pas de son activité et ne présente aucun rapport en dehors des trois chiffres cités plus haut !
Un deuxième document intitulé « la pédophilie problème systémique dans l'église » écrit par le jésuite Pierre de Charentenay, paru dans la revue « Études » et cité par un article du Monde, commence en disant que « la transparence n'avait pas été un critère d'action de l'église qui avait voulu au contraire cacher ses actes ». Je réagis en disant au frère que cette phrase est toujours complètement vraie et s'applique totalement aujourd'hui ; il n'y a aucune transparence dans tout ce qu'ils font vis-à-vis des abus sexuels et des Jésuites prédateurs car tout se passe entre eux et leurs victimes, sans que rien ne transpire nulle part et en tout cas pas sur leur site internet et encore moins dans les médias
Un troisième document s'intitule « réparer l'église que font les Jésuites ? »
Ce document écrit par le frère Dobbelstein s.j. prends acte qu'il faut toujours beaucoup de courage aux victimes pour parler ; personnellement je prends toujours l'image qu'il est aussi difficile à une victime de parler qu’a vous de sauter du troisième étage de la Tour Eiffel, c'est-à-dire que c'est quasiment impossible pour un homme normal . Dans ce document les Jésuites prétendent faire le maximum pour aider les victimes à témoigner ; mais en ce qui me concerne je constate ils se contentent de rester assis dans leurs fauteuils près de leur téléphone en attendant qu'une victime les appelle ; je rappelle au frère qu’il y a au moins 2 méthodes proactives pour encourager les victimes à parler ; la première est celle utilisée par le frère Klaus Mertes quand il était directeur du lycée de Berlin en 2010 ; il a reçu la visite de 3 anciens élèves qui dénonçaient un jésuite pour agression sexuelle ; dans les 8 jours il a envoyé 600 lettres à tous les anciens élèves de l'époque pour leur demander : « et vous? » Une deuxième méthode est utilisé par l’association « la Parole Libérée » qui a su utiliser tous les médias à propos de l'affaire de Preynat et de Barbarin ; elle a recueilli dans son forum environ 400 témoignages de victimes ; mais j'avais déjà dit la même chose au frère Dobbelstein, il y a 18 mois, strictement rien n'a été fait ; il se contente d’écrire quelques lettres aux associations d'anciens élèves et aux directeur des écoles ; et il attend tranquillement qu’on les contacte
Un quatrième document s'intitule « nous jésuites, encourageons les victimes à témoigner » entretien entre le journal La Croix et le Père François Boëdec s.j. , le provincial des Jésuites de France ; je retiens dans ce document la phrase suivante « nous nous engageons à chaque fois à faire des recherches et en communiquer aux victimes le résultat » il est donc clairement dit que la vérité quand elle est trouvée se partage entre les Jésuites et les victimes mais avec personne d’autre ; je répète une énième fois que si on veut encourager vraiment des victimes à parler il convient de leur montrer qu'ils ne sont pas seules victimes, ce qu'ils pensent quasi systématiquement, et il faut donc de leur donner l'occasion de lire des témoignages d'autres victimes, de lire les noms des prédateurs et de comprendre que cette agression qu'ils ont subi , d'autres l'ont subi comme eux et qu'ils peuvent en parler ; quant aux recherches qu’ils font, elles ne portent pas sur les autres victimes potentielles de ce prêtre, mais sur le prêtre lui même et ses archives !
Je conclus donc que cette réunion exactement de la même manière qu'il y a 18 mois ; j'insiste lourdement sur ma demande que les Jésuites aient une démarche proactive vers les quelques 1000 victimes de prêtres jésuites qui n'ont pas encore réussi à parler et pour moi cette démarche proactive commence par de la transparence , qui ne se limite à la victime concernée mais à l'ensemble des victimes et une démarche proactive qui consiste à enquêter chaque fois qu’un prêtre pervers est identifié par une victime pour trouver l'ensemble des autres victimes de ce prêtre