Ci dessous un extrait d'un article du Monde du 14/04/2017, dont vous pourrez lire la totalité au lien suivant :

http://www.lemonde.fr/societe/article/2017/04/14/journal-crypte-d-un-pretre-pedophile_5111089_3224.html

Journal crypté d’un prêtre pédophile Par Soren Seelow Le 14 avril 2017

 

 

AUREL

Un abbé d’Orléans a été mis en examen pour des faits remontant à 1993….

 

A 63 ans, ce prêtre du diocèse d’Orléans est rattrapé par son passé. Il est accusé d’avoir pratiqué des attouchements sexuels sur des garçons de moins de 13 ans à l’occasion d’un camp de vacances organisé par le Mouvement eucharistique des jeunes (MEJ) à Arthez-d’Asson (Pyrénées-Atlantiques), en juillet 1993.

C’était il y a près de vingt ans. L’abbé a vieilli, ses victimes ont grandi. Ses secrets, longtemps conservés entre les murs de l’évêché d’Orléans, ont fini par être portés à la connaissance de la justice…..

L’abbé n’est pas le seul homme de foi à cultiver l’art du secret. Pendant deux décennies, personne, au sein de sa hiérarchie, n’a songé à éventer le mal qui le rongeait. L’aumônier national du MEJ, Francois-Xavier Boca sj, s’était bien rendu sur le camp en catastrophe, au cours de ce fameux été 1993, pour enquêter sur les « rumeurs ». Mais au lieu d’alerter la justice, il avait fait déplacer le prêtre vers un autre camp d’été, accueillant des enfants à peine plus âgés….

La hiérarchie de l’abbé a elle aussi cru bon de passer sous silence « ce qu’il s’est passé » durant l’été 1993. Au cours des années 1990 et 2000, plusieurs témoignages de parents de victimes sont remontés à l’évêché d’Orléans : ils ont été soigneusement documentés, archivés et enterrés. Les trois évêques qui se sont succédé jusqu’en 2012 n’ont pas jugé utile d’en informer la justice. Pendant deux décennies, les démons du prêtre sont demeurés le secret bien gardé de l’Eglise.

Jusqu’au jour où trois anciens pensionnaires du camp ont découvert que le père de Castelet était resté en contact avec des mineurs, contrairement aux promesses qui leur avaient été faites. Plus surprenant, ils apprennent que l’abbé a participé comme intervenant à une conférence diocésaine en 2011 sur le thème… de la pédophilie dans l’Eglise. Ecœurés par tant de cynisme, ils ont fini par s’en remettre à la justice des hommes.

Les « visites médicales »

Olivier Savignac, Philippe C. et Paul W. avaient 12 ans. En cet été 1993, leurs parents, catholiques pratiquants, les envoient passer trois semaines dans un camp organisé par le Mouvement eucharistique des jeunes dans les Pyrénées-Atlantiques. Au programme : prières, promenades et baignades en eaux vives. La quarantaine de vacanciers, garçons et filles, ont entre 11 et 13 ans. Pierre de Castelet est l’aumônier du camp.

Dès le début du séjour, l’abbé prend l’initiative de faire passer lui-même les « visites médicales » aux garçons, et ce alors qu’une animatrice, élève-infirmière, est prévue pour cette tâche. Il aménage pour ce faire une infirmerie improvisée dans son bungalow, et reçoit ainsi dans sa chambre, l’un après l’autre, une dizaine de jeunes pensionnaires.

Le moindre mal de ventre, le premier genou écorché deviennent prétexte à une auscultation approfondie. L’abbé demande aux enfants de se déshabiller, de s’allonger sur un lit et profite de l’examen pour leur caresser le sexe. Une animatrice s’alarme rapidement de ses agissements : elle a entendu des enfants discuter entre eux d’une histoire de « zizi ». Elle interrompt volontairement une visite médicale et surprend l’abbé agenouillé devant un garçon en slip. Le camp est en ébullition : son directeur décide d’alerter l’aumônier national du MEJ.

Le très jésuite François-Xavier Boca se rend aussitôt sur place depuis Paris pour mener l’enquête. Il procède à une dizaine d’auditions d’enfants, dont les témoignages sont concordants, mais ne juge pas utile d’alerter les parents, pas davantage que la justice. Il se contente de demander au père de Castelet de terminer les vacances dans un autre camp.

La lettre

A la fin de l’été, l’aumônier national du MEJ se décide tout de même à informer l’évêque d’Orléans. Il envoie le 1er septembre 1993 une lettre à Mgr René Picandet pour l’aviser des « rumeurs » et de ses « inquiétudes ». La tonalité de cette missive, d’une argutie toute jésuite, illustre la manière dont ces affaires étaient alors gérées au sein de l’Eglise, la peur du scandale primant sur la gravité des faits : « L’encadrement n’a pas su calmer le camp, tout au contraire, écrit-il. Quelques jours après, la rumeur ne s’apaisait pas, et Pierre ne semblait rien percevoir et entendre. A la demande du responsable, je me suis rendu sur place pour prendre les décisions nécessaires. (…) Dans ma rencontre avec Pierre, (…) je lui ai fait remarquer qu’il avait été imprudent. (…) Je lui ai expliqué qu’il fallait qu’il parte pour éviter des conséquences judiciaires. »

La conclusion de la lettre est un modèle de casuistique : « Si les faits reprochés ne sont pas inventés, ou Pierre fait montre d’une grande inconscience, ou ils sont effectivement complètement ambigus. Si cela est vrai, je ne vois pas pourquoi il faudrait, pour un problème de constipation, mettre de la pommade sur le ventre… Mais je n’ai pas vérifié auprès d’un médecin s’il existait une pommade pour cela. » Il demande en conclusion à ce que le diocèse prenne des dispositions pour « aider Pierre » et éviter de le mettre, à l’avenir, « dans des situations difficiles ».

Les silences de l’Église…

 

Mes commentaires :

Le journal « crypté » est d'un intérêt secondaire par rapport au fond de l'histoire.

La hiérarchie du prêtre s'est comporté de manière classique : motus et bouche cousue.

Le jésuite, responsable des MEJ (mouvement eucharistique des jeunes), s'est contenté de refiler la patate chaude à quelqu'un d'autre !

Coïncidence ou non, ces derniers jours, tous les jésuites de France ont été sommés d'assister à une conférence/formation ou des experts leur apprenaient les bonnes réactions à avoir dans de telles situations. Leur présence était obligatoire, avec trois dates et trois lieux possibles : Paris, Lyon ou Bruxelles.

Auraient ils enfin convenu d'ouvrir leurs archives, et de porter à la connaissance de la justice tous les dossiers de jésuites pédophiles qu'ils ont dans leurs coffres fort, comme cela s'est fait dans beaucoup de pays. (USA entre autres)